Message du comité de rédaction de La Lettre de Liaisons

(Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. Jaurès )

à l'Assemblée générale annuelle de l'Alliance for Workers'Liberty

des 8 et 9 mai 2004

 

Chers camarades,

Nous vous envoyons nos chaleureuses salutations militantes à l'occasion de votre assemblée générale annuelle. A défaut d'assister à vos débats, nous vous transmettons quelques éléments de réflexion issus de notre expérience sur l'année écoulée.

Le printemps 2003 a vu une forte poussée vers la grève générale en France, mais celle-ci n'a pas abouti car les appareils, politiques et syndicaux, du PS et du PCF, de la CGT, de FO, de la FSU et de l'UNSA ont réussi à bloquer cette poussée en refusant de travailler dans la perspective de la grève générale, et en se plaçant comme protecteur du gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy. Bien évidemment nous considérons l'appareil de la CFDT comme agissant contre le mouvement et non dans le mouvement.

Les organisations d'extrême-gauche, LCR, LO, PT, bien que leurs militants soient très souvent au centre des mobilisations, n'ont pas joué le rôle politique que les salariés auraient pu attendre d'elles :

- LO a combattu la perspective de la grève générale, elle a proposé de pousser le plus loin avec seulement une minorité gréviste ;

- le PT s'est réfugié dans son rôle de protecteur de la direction confédérale de Force Ouvrière ;

- la LCR a mélangé l'extension de la grève, la généralisation de celle-ci et la bataille politique pour la grève générale, occultant la nécessité de chasser Chirac et Raffarin.

Toutes partagent un point commun très négatif : le refus de poser la chute du gouvernement en place, à la fois comme objectif et comme condition de la grève.

Cette expérience d'une lutte de masse, dont beaucoup d'observateurs au sein du mouvement ouvrier affirment qu'elle a été supérieure à Mai 68, laisse des traces de fermentation très prometteuses parmi les militants et les travailleurs combatifs.

Quelques mois après cette vague gréviste, le gouvernement a subi une sanction sévère aux élections régionales et cantonales des 21 et 28 mars. Il faut insister sur un point : la victoire électorale du Parti Socialiste et de ses alliés de l'ex-gauche plurielle n'est en aucun cas le fruit de sa campagne électorale mais bien celui de l'utilisation du vote pour ces partis par les grévistes et les travailleurs en général pour infliger une raclée au gouvernement de droite. En aucun cas, il ne s'agit d'une renaissance d'un réformisme quelconque !

C'est pour ne pas avoir joué un rôle politique positif et utile dans ce scrutin que la campagne électorale LO-LCR a subi un revers électoral qui n'était pas fatal. Si LO et LCR avaient fait de la politique, c'est à dire cibler le gouvernement et ses attaques contre les travailleurs, au lieu de se réfugier dans l'abstraction et l'appauvrissement de leur campagne, les salariés leur auraient accordés bien plus de suffrages. Et surtout, la campagne de LO et de la LCR aurait servi à avancer dans la construction d'une nouvelle représentation politique des travailleurs.

Cependant, le gouvernement de droite, s'il fait face à une agitation sociale permanente (Intermittents du spectacle, chômeurs rayés des Assedic, personnels de la Fonction publique refusant la décentralisation, etc...) et s'il a subi un revers électoral, garde un avantage : il est toujours en place et il peut cogner.

C'est ce qui se joue autour du profil politique développé par un Nicolas Sarkozy ces dernières semaines.

Face à cela, nous proposons l'orientation suivante en trois points :

- dehors le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy !

- dissolution de l'assemblée nationale, élections législatives et constituantes immédiates !

- grève générale pour les revendications et pour chasser le gouvernement.

Dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, il faut que la situation se dénoue dans un sens ou dans l'autre : ou la droite écrase le mouvement ouvrier, comme Thatcher chez vous en 1984-85, ou les travailleurs arrivent à sortir le gouvernement, ouvrant une période de crise qui aurait un grand retentissement à l'échelle de tout le continent européen. Et à l'échelle européenne, les bourgeoisies ont un avantage sur nous : elles sont plus soudées entre elles que nous le sommes pratiquement. C'est un des points que nous devons travailler à changer.

Après la défaite revendicative de juin 2003 sur la question des retraites, il n'est pas à exclure que par l'accumulation de défaites successives sur des enjeux centraux du rapport de forces en France (Retraites, Sécurité sociale, décentralisation, école, services publics...) la bourgeoisie arrive à infliger une défaite grave aux salariés du pays.

L'échéance des élections européennes redonne une chance aux organisations d'extrême gauche de se rattraper. La campagne LO-LCR commence sur le refus de la Constitution européenne composée par Giscard qui institutionnalise pour des décennies les lois du capitalisme sans limite contre tous les droits et acquis sociaux, qui instaure un régime anti-démocratique, qui bafoue la laïcité, qui inscrit l'obligation des dépenses militaires au sein de l'OTAN au rang de nécessité constitutionnelle.

Ce positionnement est positif, mais il faut aller plus loin : travailler pour la perspective du pouvoir des travailleurs comme but et comme moyen à brève ou moyenne échéance et non comme perspective historique dans les prochains siècles !

Ceci nécessite de résoudre la question d'un nouveau parti des travailleurs alliant le meilleur de la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier, l'expérience des "vieux" militants politiques et syndicaux, et l'ardeur des nouvelles générations apparues dans les luttes grévistes, dans les mobilisations contre la guerre en Irak et contre la globalisation capitaliste, contre tous les effets négatifs de la survie du capitalisme.

Nous avons suivi votre activité dans la Socialist Alliance, notamment face au lancement de la coalition Respect par le SWP et ses alliés. Nous tenons à vous rassurer : vos problèmes ne sont pas spécifiquement britanniques. Du vote Chirac en France à la participation des camarades de DS au gouvernement Lula au Brésil, des circonstances de la stabilisation de la situation en Argentine après le soulèvement de l'Argentinazo, symbolisée par l'élection d'un péroniste à la présidentielle et par l'échec et la division des candidatures d'extrême gauche, à la stabilisation relative en Bolivie après le soulèvement d'octobre 2003, le débat de fond est le même : Comment tracer la voie du pouvoir de l'immense majorité de l'humanité contre les intérêts égoïstes et criminels de la minorité privilégiée des capitalistes, contre les Etats qui protégent cette minorité ? Quels outils pour ce but ?

Pour notre part, nous pensons que le meilleur de l'héritage révolutionnaire peut être fécondé et servir à féconder les prochains combats si nous nous mettons à l'école de la démocratie comme but et moyen du combat des opprimés et des exploités. Comme disait Lénine au début du 20ème siècle, reprenant Kautsky : "La démocratie, c'est la dictature de la majorité !".

La situation en Irak illustre bien cette nécessité : les USA n'apportent en rien la libération, la paix et la démocratie, au contraire, ils nourrissent les forces réactionnaires obscurantistes, que ces dernières leur soient associées dans le gouvernement croupion ou qu'elles les combattent militairement. L'intérêt de l'immense majorité de la population, des travailleurs, des femmes, n'est ni avec les USA ni avec les ayatollahs !

La majorité de la population, celle qui produit la richesse sociale et en est privée, doit devenir la majorité politique pour changer le monde !

Bons travaux pour votre conférence !

Salutations socialistes, internationalistes et démocratiques !

Le 6 mai 2004